Seconde édition du Festival de la photographie de Toulouse (interview)


par Gérald Vidamment, le Mercredi 3 Février 2010

Suite au succès de la première édition, l'agence MAP lance officiellement ce jour la seconde édition du Festival de la photographie de Toulouse, du 1er au 31 mai 2010, un rendez-vous devenu incontournable pour les amateurs de photographies, qu'ils soient simples passionnés ou professionnels. Rencontre avec les deux initiateurs du festival.


crédit photo © P. M.
C'est avec une grande joie que nous vous annonçons le lancement officiel de ce second opus. L'année dernière, Compétence Photo avait décidé de soutenir cette initiative en raison de son originalité et de la volonté de ses organisateurs de faire descendre la photographie dans la rue. Un objectif atteint haut la main puisque ce sont pas moins e 38000 visiteurs qui ont pu découvrir les douze d'expositions qui se sont tenues durant plus d'une quinzaine de jours dans les plus beaux lieux de la ville rose, ainsi que les ateliers et rendez-vous avec des professionnels de l'image.

Partenaire officiel de cette seconde édition, Compétence Photo réaffirme cette année sa volonté de soutenir ce festival, dont les nouveautés et les surprises seront aussi nombreuses que variées. Vous découvrirez ainsi pas moins de 25 expositions, dont celle du célèbre Elliot Erwitt au Capitole, d'autres grands noms de la photographies ainsi que de jeunes talents dont nous ne manquerons pas de faire écho prochainement. Cette année, la durée du festival est allongée, soit du 1er au 31 mai 2010. Il est présidé par Jean-Luc Marty, rédacteur en chef du magazine Géo et directeur éditorial du Pôle Découverte (GEO, National Geographic France, Ça M’intéresse).

Les deux directeurs et initiateurs du festival, Jean-Stéphane Cantero et Pierre Garrigues, ont accepté de répondre à nos questions. Il y est question de démocratisation de la photographie, de la place de la photographie amateur et des nouveautés de cette seconde édition.

L'affiche officielle du festival
La première édition du Festival de la Photographie de Toulouse a rencontré un succès certain avec quelque 38.000 visiteurs. Celui-ci résulte-t-il selon vous du positionnement particulier du festival ?

Jean-Stéphane Cantero : Nous croyons que le succès de la première édition résulte, en effet, du positionnement unique de ce festival. Les amateurs, passionnés de l’image ont dorénavant un rendez-vous annuel à Toulouse qui a pour but, au-delà des expositions, de créer du lien, de l’échange via la rencontre, du partage. Ateliers pratiques et rencontres avec des professionnels sont les fondamentaux du festival et répondent à une attente très forte du monde amateur que nous connaissons bien. En trois mots, nous avons voulu « voir, apprendre et rencontrer ».
Déjà cinq à six concours et un appel à projet sont lancés pour cette nouvelle édition sur notre site et nous recevons de très nombreuses candidatures de France et de partout dans le monde. Le talent photographique existe bel et bien, nous le voyons tous les jours.
De nombreux partenaires nous ont rejoint et soutiennent ce festival en comprenant ce que nous voulons et où nous allons.
Jean-Luc Marty, rédacteur en chef et directeur éditorial de Geo, Tom Stern, directeur photo des films de Clint Eastwood et Alain Mingam, agent-commissaire d’exposition et consultant, ont rejoint le projet et travaillent en étroite collaboration avec l’équipe MAP10 pour un événement de grande qualité.

Pierre Garrigues : Lorsque nous réfléchissions à la genèse du festival, une idée simple et constante revenait, celle de « créer du lien », comme l’a souligné Jean-Stéphane. Nous avons alors suivi cette idée qui nous a tout naturellement amené à imaginer un événement dont la communication à travers l’image, le partage et l’échange devaient être les piliers fondateurs.
Autour de cet axe se sont ensuite développés les contenus du festival. Et c’est ainsi que nous avons abouti à ce positionnement unique qui a manifestement séduit.
Mais il ne suffisait pas simplement d’avoir une bonne idée… il fallait réussir à la mettre en place ! J’en profite d’ailleurs pour remercier encore une fois la Ville de Toulouse, les collectivités et tous nos partenaires qui grâce à leurs efforts conjoints ont permis la réalisation concrète de ce projet.
En effet, l’année dernière nous avions dix-huit expositions dans toute la ville, ce qui, vous vous en doutez, représente une énorme organisation ! Il fallait rendre tous les lieux faciles d’accès, assurer en même temps la sécurité des œuvres exposées et du public, gérer tous les petits imprévus… Bref, un vrai challenge ! Mais tellement passionnant…
Donc oui, le positionnement du festival, tant par sa volonté, son contenu et sa mise en œuvre est unique et c’est ce qui en fait sa richesse et son succès.

"Démocratiser la photographie". Qu'entendez-vous par là ? La photographie n'est-elle pas un art accessible à tout un chacun ?
JSC : Bien sûr que la photographie est un art avant tout populaire, qui vient de la rue et avant d’être un art c’est une pratique devenue commune et qui rentre dans nos mœurs. Pas loin de cinq millions d’appareils photos vendus en 2008, c’est un signe fort sur l’envie de faire de l’image. Notre volonté est de ne pas en faire une pratique élitiste mais au contraire de la rendre simple et accessible ce qui n’est pas antinomique avec une grande qualité. Nous avons l’an dernier exposé Marc Montmeat, amateur inconnu, qui fut un des cinq plus grands vendeurs de Paris Photo en octobre 2009 (Messe internationale des galeries dédiées à la photographie). MAP se revendique comme un tremplin de jeunes talents !
De grands noms de l’image nous accompagnent et sont les garants de la qualité que nous souhaitons instaurer. Le monde amateur est riche de talents incroyables que nous souhaitons révéler.
PG : Vous le rappeliez dans la précédente question, 38 000 visiteurs pour une première édition, au-delà d’être un succès, c’est surtout le signe fort d’une attente, d’une envie de la part du grand public. C’est également le signe que tout le monde peut se réunir autour de cette pratique qu’est la photographie : des amateurs, des jeunes talents, mais aussi des personnes dont l’usage n’est que privé.
Au-delà des statistiques, il est facile de constater ne serait-ce que dans l’entourage de chacun, à quel point la photo s’est émancipée. Aujourd’hui les gens sont équipés en téléphones portables avec appareils photos intégrés, mais aussi en appareils photos numériques. La photo est présente dans la vie de tous les jours. Elle se prend très facilement et s’échange en quelques clics sur le web. Les réseaux communautaires type Facebook favorisent et induisent ces partages.
Il s’agit donc bien d’une réelle démocratisation de la photo, tant au niveau de l’équipement qu’au niveau de sa pratique et donc de sa finalité.

Exposition lors de la première édition
Que nous réserve cette seconde édition ?
PG : Cette seconde édition reprendra les bases posées sur MAP09 à savoir des expositions gratuites et libres d’accès dans toute la ville, des ateliers photos, des lectures de portfolios, un week-end rencontre avec une vingtaine de professionnels de l’image.
JSC : Nous pouvons citer déjà quelques noms Laurent Baheux, Jean-Michel Turpin (photographe de l’émission en Terre Inconnue) ou encore un très célèbre paparazzi. Nous aborderons lors de ces rencontres une thématique que les amateurs souhaitent voir apparaître au programme, « Loi et Photo ».
Au niveau des expos, il y en aura ving-cinq. Sans tout dévoiler aujourd’hui, nous pouvons néanmoins annoncer que la Fédération Photographique de France et MAP10 en collaboration avec EDF lancent un concours passionnant que vous retrouverez sur le site, SFR Jeunes Talents va lancer un concours autour de la ville et bien sûr le concours Compétence Photo/MAP10 à découvrir bientôt dans le magazine…
PG : J’ajoute qu’Elliott Erwitt, maître de la photo, nous a reçu à Paris et nous a fait part de sa volonté de soutenir MAP10 et son positionnement. Il nous a demandé comment nous soutenir, nous lui avons dit qu’une exposition des ses œuvres était en concordance totale avec notre positionnement et qu’au-delà d’exposer de jeunes talents il fallait également montrer ce qui se faisait de mieux et donc avoir un rôle pédagogique. C’est ainsi que Monsieur Erwitt exposera au cœur du Capitole.

JSC : Un autre très grand nom de la photo devrait également exposer mais il est encore un peu tôt pour vous dévoiler son identité !

Exposition lors de la première édition
Au cours de ce festival, quelles parts réservez-vous à la photographie amateur et à la photographie pro ?
JSC : Nous ne voyons pas les choses de manière aussi divisée. Notre festival met en avant les jeunes talents qu’ils soient passionnés, amateurs de tous niveaux ou professionnels. MAP10 a exposé cet été un photographe professionnel Sébanado et récemment à la Fnac Wilson un amateur Sylvain Lagarde. Qui peut discerner un amateur d’un professionnel quand vous travaillez sur la qualité ? Nous nous adressons aux passionnés de l’image et nous nous efforçons de découvrir les talents de demain. Nous travaillons sur la qualité et pas sur le pédigrée. Notre force est d’ouvrir de manière très large nos concours et appels à projets.
PG : En effet, nous devons rester cohérents avec la vocation même du festival. C’est un festival grand public, qui veut faire descendre la photo dans la rue. Il est donc impossible de dresser des barrières entre amateurs et professionnels. Il est ouvert à tous : aux grands noms de la photographie, aux talents de demain comme aux néophytes. Tout le monde peut trouver sa place au sein de MAP10. Dans cette logique, il est évidemment entièrement gratuit.

Exposition lors de la première édition
Il devient aujourd'hui de plus en plus difficile de placer la frontière entre photographe pro et photographe amateur. Le métier de photographe a-t-il selon vous changé ou est-il en train de disparaître ?
JSC : Le métier de photographe est comme tous les métiers, resteront ceux qui travailleront sur la qualité avec une certaine déontologie. En utilisant le terme métier on parle bien d’une profession, d’un savoir-faire, que nous ne trouvons pas réservé à certains. Demain, n’importe qui peut devenir professionnel. Après, il faut en vivre.
Il faut être conscient que la jeune génération photo bouscule un peu les professionnels en place. Nous trouvons cela sain et louable. Parler de frontière signifierait qu’amateurs et professionnels sont séparés, éloignés alors qu’ils font tous deux de la photographie de manière passionnée. Cette opposition médiatique n’a pas de sens. Une fois encore si le travail est fait avec sérieux, dans le respect de la qualité et des clients certains amateurs deviendront de très grands professionnels et, a contrario, certains professionnels fermeront boutique.
PG : Il est intéressant de voir que cette question de frontière qui est de plus en plus mince, comme vous le dîtes, revient pourtant souvent… Avec ce festival, on s’aperçoit qu’il existe deux « écoles » : celle qui prône la démocratisation de la photo et celle qui pense qu’ouvrir l’accès de la photo au plus grand nombre c’est dévaloriser une profession qui, nous le savons bien, est déjà en souffrance. Mais pourquoi penser qu’en ayant la vocation de donner un coup de projecteur à de nouveaux talents, nous mettons dans l’ombre les professionnels ? Au contraire, nous avons à cœur que tout le monde puisse trouver sa place dans ce festival, comme je le disais plus haut.
Pour être concret, lors de MAP09, dans le cadre des journées de rencontres avec des professionnels du monde de l’image, nous avions invité Pierre Morel et Alain Mingam, photojournalistes, à venir nous parler des difficultés que connaît leur profession. Ainsi, les réalités incontournables du monde photographique étaient partagées avec le grand public. Un certain militantisme au fond…

Exposition lors de la première édition
Le festival dure cette année tout le mois de mai. Qu'est-ce qui justifie l'allongement de la durée du festival ?
PG : L’envie du grand public qui s’est manifestée durant MAP09 mais aussi de par les nombreux messages de soutien que nous avons reçus (sur le livre d’or, le site web, Facebook, etc.). L’envie de la Ville de Toulouse et des collectivités locales de nous soutenir et de pérenniser l’élan de l’année dernière. L’envie des partenaires locaux et nationaux, une volonté de s’engager dans un vrai projet porteur de valeurs et de sens, qui coïncident avec leurs marques. Et bien entendu, l’envie de l’équipe MAP10, enchantée du premier succès et donc très motivée pour cette nouvelle édition !
JSC : Le succès de MAP09 et les très nombreux retours que nous avons pu recevoir après la première édition.

Quels sont les deux principaux objectifs que vous vous êtes fixés pour cette seconde édition ?
PG : Fédérer toujours plus de personnes autour de la passion de la photo en créant du lien et en passant du virtuel au réel.
JSC : Nous souhaitons devenir un rendez-vous annuel pour les passionnés de photographie, un tremplin pour les jeunes talents avec notre positionnement unique dans la joie, la convivialité toulousaine et la bonne humeur.

Festival de la photographie de Toulouse
Du 1er au 31 mai 2010
Le site du MAP10